LE RÔLE DE LA CULTURE DANS L’ÉVALUATION ÉTHIQUE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : LE CAS DE LA CHINE

Emmanuel R. Goffi, PhD

A paraître en juin 2020

Si les États-Unis restent, pour le moment les leaders du domaine, la Chine a annoncé clairement son intention d’« atteindre un niveau de leader mondial » en théories, technologies et applications de l’IA, et de « devenir le principal centre d’innovation en intelligence artificielle dans le monde » à l’horizon 2030[1].

Au regard des prévisions quant au poids de l’industrie directement liée à l’IA évalué à plus de 57 Md$ en 2025 et à 7 000 Md$ en 2030[2], il est évident à la fois que Pékin voit dans ce marché des potentialités suffisamment importantes pour justifier une stratégie agressive et un soutien assumé aux acteurs privés. Avec une dotation de 22 Md$ en 2017, et une projection de budget de 59 Md$ en 2025, la Chine pourrait, selon PwC, voir son PIB faire un bon de 26% en 2030 et devenir le premier bénéficiaire du marché de l’IA[3].

Dans ce cadre, la Chine a choisi d’investir le champ de l’éthique et de publier une « nouvelle génération de principes de gouvernance de l’intelligence artificielle ».

Eu égard aux enjeux économiques, mais également de pouvoir sur la scène internationale, la question se pose de la sincérité de Pékin quant à l’établissement de principes tels que l’équité, le partage inclusif, le respect de la vie privée ou encore la transparence, mis en avant dans cette publication.

Véritable profession foi traduisant une prise de conscience de l’importance de l’éthique ou cosm-éthique englobant, d’un côté, le « blanchiment éthique »[4] (ethics washing) entendu comme moyen de substituer une éthique superficielle à toute autre forme de régulation contraignante et, de l’autre, le besoin de rassurer à moindre frais les consommateurs potentiels en donnant un verni de respectabilité aux acteurs privés et publics développant de l’IA, le fondement des codes d’éthiques, en Chine comme ailleurs, méritent d’être analysés pour en comprendre les ressorts.

L’étude à paraître se fixe donc pour objectif de déterminer comment et pourquoi (mais aussi pour quoi) ces principes ont été développés, et de déterminer quelle est la logique qui les sous-tend. Elle visera également à déterminer s’il existe une éthique de l’IA spécifiquement chinoise, et, le cas échéant, d’en identifier l’origine, les fondements philosophiques, la formation et les contours. Il conviendra ensuite de comprendre comment cette « éthique » est déclinée tant par les acteurs publics que privés chinois et comme elle s’insère dans la compétition internationale autour de l’IA


[1] Conseil d’État, « Note du Conseil d’État sur l’impression et la distribution du Plan de développement de la nouvelle génération d’intelligence artificielle », Guofa No. 35, 20 juillet 2017.

[2] Id.

[3] “Sizing the prize. What’s the real value of AI for your business and how can you capitalise?”, PwC, 2017.

[4] Thomas Metzinger, “Ethics washing made in Europe”, Der Tagesspiegel, April 8, 2019 et Ben Wagner, “Ethics as an Escape from Regulation: From ethics-washing to ethics-shopping?”, in Emre Bayamlioğlu et al. (Eds.), Being Profiled. Cogitas ergo sum. 10 Years of Profiling the European Citizen, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2018, pp. 84-89.

Emmanuel Goffi
goffiem.creeia@gmail.com
Directeur du CREÉIA, professeur d’éthique à l’ILERI, chercheur à l’UQÀM et à la University of Manitoba

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